Depuis plusieurs mois, des analyses publiées dans des médias européens influents attirent l’attention sur un fait trop longtemps éludé :
l’Union européenne est profondément et structurellement dépendante des États-Unis.
Cette dépendance ne se limite pas à un secteur particulier.
Elle est multisectorielle, systémique et, surtout, politiquement exploitable.
Infrastructures numériques : la soumission silencieuse
Aujourd’hui, 83 % des dépenses européennes en services cloud et logiciels professionnels vont à des entreprises américaines — soit environ 265 milliards d’euros par an.
Intelligence artificielle, données, administrations publiques, hôpitaux et entreprises stratégiques fonctionnent sur des infrastructures échappant au contrôle européen.
Cela signifie une chose :
➡️ un levier de pression sans armes, mais aux effets immédiats.
Défense : un réarmement sans souveraineté
Au cours des cinq dernières années, les importations d’armes en Europe ont augmenté de 155 %.
Plus de la moitié de ces armements proviennent des États-Unis — et jusqu’à 64 % pour les pays européens membres de l’OTAN.
Le symbole de cette situation est le F-35 :
un avion dont les logiciels, la maintenance et les données restent sous contrôle américain.
Un réarmement qui ne construit pas sa propre base industrielle et technologique ne produit pas de souveraineté.
Il engendre une dépendance sous une autre forme.
Énergie : une nouvelle dépendance après la Russie
Après la rupture avec la Russie, l’Europe s’est tournée vers le gaz et le GNL américains :
- environ 25 % du gaz importé,
- environ 60 % du GNL.
Selon les projections, jusqu’à 80 % du GNL pourrait être américain à l’horizon 2030.
Parallèlement, il est question d’achats d’énergie à hauteur de 750 milliards de dollars sur trois ans.
La leçon est claire :
l’Europe n’a pas supprimé le problème de la dépendance — elle a simplement changé de fournisseur.
Paiements et finance : la vulnérabilité invisible
61 % des paiements par carte dans la zone euro dépendent de Visa et Mastercard.
Près de 98 % des stablecoins sont libellés en dollars.
Sans infrastructures propres de paiement et de monnaie,
la souveraineté monétaire européenne reste théorique.
Conclusion politique
Le problème de l’Europe n’est pas un manque de ressources.
C’est un manque de volonté d’exercer sa puissance.
Le libre-échange sans souveraineté industrielle, technologique et énergétique ne produit pas un partenariat équilibré, mais une vassalisation.
On ne négocie pas entre égaux lorsque l’un contrôle les infrastructures vitales de l’autre.
Une autre voie est possible
L’alternative est connue :
- une préférence européenne clairement assumée,
- une politique industrielle coordonnée,
- des investissements communs et massifs,
- une rupture avec l’illusion d’une « alliance protectrice ».
Sans souveraineté matérielle, il n’y a pas de démocratie européenne.